Degrelle : les années de collaboration : 1940-1944 : le rexisme de guerre [texte imprimé] / Martin Conway, Auteur ; José Gotovitch (1940-....), Préfacier, etc. . - Louvain-la-Neuve : Quorum, 1994 . - 398 p. : couv. ill., ill. n. et bl. ; 24 cm. ISBN : 978-2-930014-29-6 Langues : Français ( fre)
Catégories : |
321.6"1933/1945" Nazisme 329.18(493)"<1945" Rex Rexisme 929 Degrelle, Léon (1906-1994) 94(100)"1939/45" Histoire Seconde Guerre mondiale 94(100)"1939/45" Collaboration Seconde Guerre mondiale 94(493)"19" Histoire de la Belgique au XXe siècle
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Index. décimale : |
940.532 Occupation / Résistance / Collaboration |
Résumé : |
Critique de Gotovitch José. « Conway Martin, Degrelle. Les années de collaboration » in Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 1997, vol. 53, n° 1, pp. 174-175.
Est-ce vraiment un hasard si les deux travaux sérieux sur le rexisme soient dus à la plume de deux chercheurs étrangers? C'est à Paris que parut la première étude scientifique consacrée au mouvement rexiste jusqu'en 1940(1) et voici que nous arrive d'Oxford cette thèse de Martin Conway consacrée au rexisme de guerre(2). Il n'est pas exagéré de penser à «l'effet Paxton». Comme pour la question royale, l'historiographie belge a éprouvé quelque difficulté pour «ajuster» le tir: l'histoire de la Belgique en guerre était trop étroitement liée aux jeux de pouvoir de la société d'avant guerre, dans le moule de laquelle s'est glissée l'après-guerre. Après tout, c'est en Belgique que les partis fascistes avaient obtenu leur plus haut score électoral d'Europe, Allemagne et Italie exceptées. Si des cohortes de jeunes chercheurs flamands se sont lancés dans le décryptage d'un passé dont ils tenaient à exorciser l'incidence contemporaine, le rexisme, sans héritiers réels en Wallonie n'accrochait que des journalistes en verve ou des nostalgiques impénitents. Il n'empêche, quand la télévision francophone conçut très sérieusement le projet d'un reportage, tout sauf complaisant, consacré au chef de Rex, alors bien vivant en Espagne, elle se le vit interdire. Les autorités accréditaient ainsi l'idée d'un «danger» toujours latent que le verbe degrellien faisait peser sur la démocratie... Ainsi construit-on de toutes pièces un mythe, celui-là même que désirait à toute force bâtir le personnage. À la décharge des historiens belges, relevons également ce phénomène presque banal : l'accès aux archives sensibles plus aisément accordé aux chercheurs étrangers qu'aux nationaux... Le premier grand mérite de Conway est d'avoir parfaitement pénétré et compris, puis inscrit son personnage dans le jeu complexe et multiple de la société belge de l'entre-deux-guerres. Bien des travaux anglo-saxons sinon français pèchent le plus souvent en effet par la méconnaissance du contexte quand ils s'attaquent à des sujets belges. La finesse d'analyse du monde catholique en particulier, berceau du rexisme, vaut démonstration. Cette connaissance intime lui permet donc de formuler, après analyse d'une documentation des plus originales et étendues, un verdict définitif. Entré dans la collaboration sur la pointe des pieds, essuyant échec sur échec tout au long de l'année 1940, car l'occupant préfère s'appuyer sur les forces traditionnelles qui ne lui opposent que des réticences surmontées au coup par coup, le rexisme va perdre très rapidement son espoir de recueillir le soutien populaire. Profondément imprégné de catholicisme, dimension qui permet de comprendre cette «révolution des âmes» à laquelle il appelait et que vivaient effectivement certains de ses militants, le rexisme n'a pas choisi la collaboration «par accident». C'est dans l'évolution des fractures intervenues dans la société belge depuis l'avant-guerre, dans la continuité idéologique de quelques-unes de ses figures de proue, que s'inscrit ce choix antidémocratique, antilibéral, amplifié il est vrai par l'opportunisme mégalomaniaque de son chef. Le mérite de Martin Conway est de nous «montrer à voir» chaque étape de ce processus qui conduira de la coopération opportuniste à « l'engagement sans limites à soutenir le régime nazi par tous les moyens». Il dégage les conditions dans lesquelles le mouvement rexiste se constitue en «bastion dans un monde hostile», dont le mode de fonctionnement psychologique s'apparente, pour ces raisons mêmes, à celui d'une secte. L'identification sera complète quand les effets de la peur conduiront le mouvement à cesser toute activité publique. De même, l'auteur met à jour cet étonnant phénomène par lequel la Légion Wallonie va peu à peu se substituer au Rexisme dans l'esprit de Degrelle, devenant ainsi l'instrument d'une lutte politique interne du Reich, sans plus aucune référence à la scène belge. Et pourtant, le rexisme a tenté d'investir celle-ci par la pénétration de l'appareil d'État. Bourgmestres, échevins, édiles provinciales rexistes sont apparus mais beaucoup ont très rapidement disparu, poursuivis par les résistants ou cédant à la peur. Traçant la voie à ses successeurs pour une analyse détaillée de ce personnel éphémère, Conway en discerne déjà quelques grands traits : il ne s'inscrit dans aucune continuité et ne laissera aucun héritage. José Gotovitch
1. Jean-Michel Etienne, Le Mouvement rexiste jusqu'en 1940. Paris, Fondation nationale des sciences politiques, 1968.
2. Martin Conway, Collaboration in Belgium. Léon Degrelle and the Rexist Mouvement. New Haven-London, Yale University Press, 1993.
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Permalink : |
https://bibliotheque.territoires-memoire.be/pmb/opac_css/index.php?lvl=notice_di |
Titre : |
Degrelle : les années de collaboration : 1940-1944 : le rexisme de guerre |
Type de document : |
texte imprimé |
Auteurs : |
Martin Conway, Auteur ; José Gotovitch (1940-....), Préfacier, etc. |
Editeur : |
Louvain-la-Neuve : Quorum |
Année de publication : |
1994 |
Importance : |
398 p. |
Présentation : |
couv. ill., ill. n. et bl. |
Format : |
24 cm |
ISBN/ISSN/EAN : |
978-2-930014-29-6 |
Langues : |
Français (fre) |
Catégories : |
321.6"1933/1945" Nazisme 329.18(493)"<1945" Rex Rexisme 929 Degrelle, Léon (1906-1994) 94(100)"1939/45" Histoire Seconde Guerre mondiale 94(100)"1939/45" Collaboration Seconde Guerre mondiale 94(493)"19" Histoire de la Belgique au XXe siècle
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Index. décimale : |
940.532 Occupation / Résistance / Collaboration |
Résumé : |
Critique de Gotovitch José. « Conway Martin, Degrelle. Les années de collaboration » in Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 1997, vol. 53, n° 1, pp. 174-175.
Est-ce vraiment un hasard si les deux travaux sérieux sur le rexisme soient dus à la plume de deux chercheurs étrangers? C'est à Paris que parut la première étude scientifique consacrée au mouvement rexiste jusqu'en 1940(1) et voici que nous arrive d'Oxford cette thèse de Martin Conway consacrée au rexisme de guerre(2). Il n'est pas exagéré de penser à «l'effet Paxton». Comme pour la question royale, l'historiographie belge a éprouvé quelque difficulté pour «ajuster» le tir: l'histoire de la Belgique en guerre était trop étroitement liée aux jeux de pouvoir de la société d'avant guerre, dans le moule de laquelle s'est glissée l'après-guerre. Après tout, c'est en Belgique que les partis fascistes avaient obtenu leur plus haut score électoral d'Europe, Allemagne et Italie exceptées. Si des cohortes de jeunes chercheurs flamands se sont lancés dans le décryptage d'un passé dont ils tenaient à exorciser l'incidence contemporaine, le rexisme, sans héritiers réels en Wallonie n'accrochait que des journalistes en verve ou des nostalgiques impénitents. Il n'empêche, quand la télévision francophone conçut très sérieusement le projet d'un reportage, tout sauf complaisant, consacré au chef de Rex, alors bien vivant en Espagne, elle se le vit interdire. Les autorités accréditaient ainsi l'idée d'un «danger» toujours latent que le verbe degrellien faisait peser sur la démocratie... Ainsi construit-on de toutes pièces un mythe, celui-là même que désirait à toute force bâtir le personnage. À la décharge des historiens belges, relevons également ce phénomène presque banal : l'accès aux archives sensibles plus aisément accordé aux chercheurs étrangers qu'aux nationaux... Le premier grand mérite de Conway est d'avoir parfaitement pénétré et compris, puis inscrit son personnage dans le jeu complexe et multiple de la société belge de l'entre-deux-guerres. Bien des travaux anglo-saxons sinon français pèchent le plus souvent en effet par la méconnaissance du contexte quand ils s'attaquent à des sujets belges. La finesse d'analyse du monde catholique en particulier, berceau du rexisme, vaut démonstration. Cette connaissance intime lui permet donc de formuler, après analyse d'une documentation des plus originales et étendues, un verdict définitif. Entré dans la collaboration sur la pointe des pieds, essuyant échec sur échec tout au long de l'année 1940, car l'occupant préfère s'appuyer sur les forces traditionnelles qui ne lui opposent que des réticences surmontées au coup par coup, le rexisme va perdre très rapidement son espoir de recueillir le soutien populaire. Profondément imprégné de catholicisme, dimension qui permet de comprendre cette «révolution des âmes» à laquelle il appelait et que vivaient effectivement certains de ses militants, le rexisme n'a pas choisi la collaboration «par accident». C'est dans l'évolution des fractures intervenues dans la société belge depuis l'avant-guerre, dans la continuité idéologique de quelques-unes de ses figures de proue, que s'inscrit ce choix antidémocratique, antilibéral, amplifié il est vrai par l'opportunisme mégalomaniaque de son chef. Le mérite de Martin Conway est de nous «montrer à voir» chaque étape de ce processus qui conduira de la coopération opportuniste à « l'engagement sans limites à soutenir le régime nazi par tous les moyens». Il dégage les conditions dans lesquelles le mouvement rexiste se constitue en «bastion dans un monde hostile», dont le mode de fonctionnement psychologique s'apparente, pour ces raisons mêmes, à celui d'une secte. L'identification sera complète quand les effets de la peur conduiront le mouvement à cesser toute activité publique. De même, l'auteur met à jour cet étonnant phénomène par lequel la Légion Wallonie va peu à peu se substituer au Rexisme dans l'esprit de Degrelle, devenant ainsi l'instrument d'une lutte politique interne du Reich, sans plus aucune référence à la scène belge. Et pourtant, le rexisme a tenté d'investir celle-ci par la pénétration de l'appareil d'État. Bourgmestres, échevins, édiles provinciales rexistes sont apparus mais beaucoup ont très rapidement disparu, poursuivis par les résistants ou cédant à la peur. Traçant la voie à ses successeurs pour une analyse détaillée de ce personnel éphémère, Conway en discerne déjà quelques grands traits : il ne s'inscrit dans aucune continuité et ne laissera aucun héritage. José Gotovitch
1. Jean-Michel Etienne, Le Mouvement rexiste jusqu'en 1940. Paris, Fondation nationale des sciences politiques, 1968.
2. Martin Conway, Collaboration in Belgium. Léon Degrelle and the Rexist Mouvement. New Haven-London, Yale University Press, 1993.
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