[article] Crise des migrant : que faire ? : Une frontière doit être ouverte ou fermée [texte imprimé] / Michel Eltchaninoff, Auteur ; Pauline Fleury, Auteur . - 2015 . - pp.28-35. Langues : Français ( fre) in Philosophie magazine > 94 (Novembre 2015) . - pp.28-35
Catégories : |
1 Philosophie Psychologie 17 Morale Ethique Philosophie pratique Valeurs 314.7 Immigration / Emigration / Diasporas / Exil 321.01 Pouvoirs.Frontières
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Résumé : |
Site éditeur :
Devant la crise des migrants, l’émotion et les questions s’entremêlent. Face à ce trouble, nous avons pris le parti, non de prescrire ce que serait la “bonne politique”, mais de cartographier les positions intellectuelles sur l’accueil ou le refus des migrants. Puis de les confronter au réel en demandant au démographe François Héran de les commenter.
Pendant des mois, beaucoup d’entre nous ont préféré ne pas trop regarder du côté de Sangatte, de Lampedusa ou de Calais. Mais les vagues de migrants ont grossi. Des campements sont apparus dans les grandes villes. Sur des îles grecques, des vacanciers se sont retrouvés nez à nez avec des réfugiés. Puis l’on a vu les frontières de l’Union européenne (UE) céder de toutes parts. Enfin, une photo, celle du petit Ilan Kurdi, échoué, mort, sur une plage, a fait le tour du monde. Il a alors bien fallu regarder les choses en face. Quelques jours avant la diffusion de cette image, l’Allemagne avait décidé de ne plus respecter les règles européennes stipulant le renvoi dans le premier pays de l’UE abordé par les migrants et d’accueillir les réfugiés syriens sur son sol. Tout s’est passé comme si un dirigeant européen avait soudain eu le courage de changer totalement de discours face à l’immigration, transformant la menace rampante en chance vertueuse. Mais, quelques jours plus tard, Angel Merkel annonçait la fermeture de ses frontières. Rapidement, la polémique a éclaté. La démarche allemande répondait-elle vraiment à un principe d’humanité ou à un impératif économico-démographique?? Peut-on séparer le bon grain du réfugié syrien de l’ivraie du migrant économique?? Pouvons-nous ouvrir nos frontières sans mettre à mal nos équilibres sociaux et notre identité culturelle?? Que doit faire la France??
Des philosophes travaillent depuis des années sur le sujet des frontières et des migrants. Parcourons leurs positions sur la base de leurs travaux antérieurs ou de leurs interventions récentes. Nous avons demandé au démographe François Héran de les analyser. Ces avis sont très divers. Afin de les ordonner, nous avons distingué deux axes. Le premier oppose le pôle du devoir à celui des conséquences. Si l’on fait reposer ses convictions morales sur des principes, des intentions ou une loi morale inébranlables, on se situe du côté de l’éthique dite déontologique (de deon, « devoir »). En revanche, si l’on considère qu’est bonne une action dont les effets sont bénéfiques au plus grand nombre – même si elles paraissent peu sublimes en soi –, on se place dans le camp des conséquentialistes. Le second axe porte davantage sur la vision du monde que l’on défend lorsqu’on aborde le sujet des migrations. Il oppose l’identité et le cosmopolitisme. La défense de l’identité collective, que l’on doit protéger de l’agression ou de la dilution, privilégie l’enracinement culturel et national des hommes dans un ensemble concret. À l’inverse, les promoteurs du cosmopolitisme considèrent que l’homme est d’abord un citoyen du monde possédant des droits universels.
Les positions des philosophes contemporains sur l’attitude à adopter face aux migrants – réfugiés politiques ou immigrés économiques – se déploient donc sur quatre grandes aires. Parmi ceux qui se reconnaissent dans une morale déontologique, il y a ceux qui plaident pour le cosmopolitisme et ceux qui défendent l’identité. Parmi ceux qui optent pour une éthique conséquentialiste, on retrouve également des « identitaires » et des cosmopolites. |
Note de contenu : |
Articles :
Cartographie des positions philosophiques sur les migrants : deux axes : 1. cosmopolitisme et identité et 2. déontologie et conséquentialisme
Position philosophique 1. Ouvrons les frontières
Au nom de principes intangibles, certains plaident pour une vision cosmopolite de l’immigration.
Commentaire de François Héran « Ce n’est pas la misère du monde qui alimente l’émigration mais la misère de la gouvernance »
Position philosophique 2. Sauvegardons notre identité
D’autres intellectuels, au nom d’autres principes, s’opposent à l’ouverture ou à l’abolition des frontières. Pour certains, l’arrivée d’étrangers porteurs de cultures et de religions très différentes des nôtres met en péril l’identité française ou européenne.
Commentaire de François Héran « On fait fi des réalités historiques quand on évoque tantôt l’héritage chrétien, tantôt le modèle laïc »
Position philosophique 3. Les migrants, un atout pour l’économie et la démographie
Les tenants des “open borders” justifient l’immigration par des arguments conséquentialistes, en soulignant ses bienfaits pour l’économie ou la démographie.
Commentaire de François Héran « Cela met la migration dans une logique de marché, alors qu’elle repose d’abord sur la logique des droits »
Position philosophique 4. On ne peut pas accueillir tout le monde
D’autres philosophes, eux aussi souvent anglo-saxons, soulignent les conséquences négatives d’une ouverture des frontières.
Commentaire de François Héran « On n’est pas condamné à choisir entre une vision humanitaire et une vision sécuritaire »
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Permalink : |
https://bibliotheque.territoires-memoire.be/pmb/opac_css/index.php?lvl=notice_di |
[article]
Titre : |
Crise des migrant : que faire ? : Une frontière doit être ouverte ou fermée |
Type de document : |
texte imprimé |
Auteurs : |
Michel Eltchaninoff, Auteur ; Pauline Fleury, Auteur |
Année de publication : |
2015 |
Article en page(s) : |
pp.28-35 |
Langues : |
Français (fre) |
Catégories : |
1 Philosophie Psychologie 17 Morale Ethique Philosophie pratique Valeurs 314.7 Immigration / Emigration / Diasporas / Exil 321.01 Pouvoirs.Frontières
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Résumé : |
Site éditeur :
Devant la crise des migrants, l’émotion et les questions s’entremêlent. Face à ce trouble, nous avons pris le parti, non de prescrire ce que serait la “bonne politique”, mais de cartographier les positions intellectuelles sur l’accueil ou le refus des migrants. Puis de les confronter au réel en demandant au démographe François Héran de les commenter.
Pendant des mois, beaucoup d’entre nous ont préféré ne pas trop regarder du côté de Sangatte, de Lampedusa ou de Calais. Mais les vagues de migrants ont grossi. Des campements sont apparus dans les grandes villes. Sur des îles grecques, des vacanciers se sont retrouvés nez à nez avec des réfugiés. Puis l’on a vu les frontières de l’Union européenne (UE) céder de toutes parts. Enfin, une photo, celle du petit Ilan Kurdi, échoué, mort, sur une plage, a fait le tour du monde. Il a alors bien fallu regarder les choses en face. Quelques jours avant la diffusion de cette image, l’Allemagne avait décidé de ne plus respecter les règles européennes stipulant le renvoi dans le premier pays de l’UE abordé par les migrants et d’accueillir les réfugiés syriens sur son sol. Tout s’est passé comme si un dirigeant européen avait soudain eu le courage de changer totalement de discours face à l’immigration, transformant la menace rampante en chance vertueuse. Mais, quelques jours plus tard, Angel Merkel annonçait la fermeture de ses frontières. Rapidement, la polémique a éclaté. La démarche allemande répondait-elle vraiment à un principe d’humanité ou à un impératif économico-démographique?? Peut-on séparer le bon grain du réfugié syrien de l’ivraie du migrant économique?? Pouvons-nous ouvrir nos frontières sans mettre à mal nos équilibres sociaux et notre identité culturelle?? Que doit faire la France??
Des philosophes travaillent depuis des années sur le sujet des frontières et des migrants. Parcourons leurs positions sur la base de leurs travaux antérieurs ou de leurs interventions récentes. Nous avons demandé au démographe François Héran de les analyser. Ces avis sont très divers. Afin de les ordonner, nous avons distingué deux axes. Le premier oppose le pôle du devoir à celui des conséquences. Si l’on fait reposer ses convictions morales sur des principes, des intentions ou une loi morale inébranlables, on se situe du côté de l’éthique dite déontologique (de deon, « devoir »). En revanche, si l’on considère qu’est bonne une action dont les effets sont bénéfiques au plus grand nombre – même si elles paraissent peu sublimes en soi –, on se place dans le camp des conséquentialistes. Le second axe porte davantage sur la vision du monde que l’on défend lorsqu’on aborde le sujet des migrations. Il oppose l’identité et le cosmopolitisme. La défense de l’identité collective, que l’on doit protéger de l’agression ou de la dilution, privilégie l’enracinement culturel et national des hommes dans un ensemble concret. À l’inverse, les promoteurs du cosmopolitisme considèrent que l’homme est d’abord un citoyen du monde possédant des droits universels.
Les positions des philosophes contemporains sur l’attitude à adopter face aux migrants – réfugiés politiques ou immigrés économiques – se déploient donc sur quatre grandes aires. Parmi ceux qui se reconnaissent dans une morale déontologique, il y a ceux qui plaident pour le cosmopolitisme et ceux qui défendent l’identité. Parmi ceux qui optent pour une éthique conséquentialiste, on retrouve également des « identitaires » et des cosmopolites. |
Note de contenu : |
Articles :
Cartographie des positions philosophiques sur les migrants : deux axes : 1. cosmopolitisme et identité et 2. déontologie et conséquentialisme
Position philosophique 1. Ouvrons les frontières
Au nom de principes intangibles, certains plaident pour une vision cosmopolite de l’immigration.
Commentaire de François Héran « Ce n’est pas la misère du monde qui alimente l’émigration mais la misère de la gouvernance »
Position philosophique 2. Sauvegardons notre identité
D’autres intellectuels, au nom d’autres principes, s’opposent à l’ouverture ou à l’abolition des frontières. Pour certains, l’arrivée d’étrangers porteurs de cultures et de religions très différentes des nôtres met en péril l’identité française ou européenne.
Commentaire de François Héran « On fait fi des réalités historiques quand on évoque tantôt l’héritage chrétien, tantôt le modèle laïc »
Position philosophique 3. Les migrants, un atout pour l’économie et la démographie
Les tenants des “open borders” justifient l’immigration par des arguments conséquentialistes, en soulignant ses bienfaits pour l’économie ou la démographie.
Commentaire de François Héran « Cela met la migration dans une logique de marché, alors qu’elle repose d’abord sur la logique des droits »
Position philosophique 4. On ne peut pas accueillir tout le monde
D’autres philosophes, eux aussi souvent anglo-saxons, soulignent les conséquences négatives d’une ouverture des frontières.
Commentaire de François Héran « On n’est pas condamné à choisir entre une vision humanitaire et une vision sécuritaire »
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